Trois « transats » 3/ La route des alizés
Au retour de ma seconde traversée de l'Atlantique début février 2007, le temps de faire la lessive et je suis reparti naviguer en Mer de Cortés avec des copains du Groupe International de Croisière, le long de la côte Est de la Basse Californie- superbe et sauvage, il faudra que j'écrive un jour... Quelques semaines plus tard, j'échangeais avec l'ami Pierre nos impressions sur cette navigation car il avait fait la même croisière l'année précédente. Et puis nous avons parlé de nos projets, pour moi la découverte de la Laponie suédoise en camping-car durant l'été suivant, pour lui, un tour de l'Atlantique Nord qui allait l'occuper presque deux années, Catherine sa compagne ayant obtenu un congé sabbatique d'un an. Il m'a proposé de compléter l'équipage durant la traversée de l'Atlantique à la fin de l'année, proposition acceptée avec enthousiasme, d'autant que l'ami Didier, sollicité à nouveau, devait partager cette nouvelle aventure.
J-01 Jeudi 15 novembre
Hier, j'ai rejoint Lisbonne et passé l'après-midi à me balader le nez en l'air dans la ville et de nouveau ce matin, mon vol pour l'île de Sal dans l'archipel du Cap-Vert n'étant programmé qu'en début d'après-midi ; il sera d'ailleurs retardé et j'ai atterri peu avant minuit à l’aéroport Amilcar-Cabral à Espargos. Alors, comme en 2005, taxi et direction l'hôtel.
J-02 ~ Vendredi 16 novembre
Le taxi est revenu me prendre à 8 heures comme convenu pour me conduire au petit port de Palmeira.
Queequeg II, le bateau de Pierre, un Alliage 38, est bien mouillé au milieu de la baie mais je n'ai pas eu besoin de faire appel à un sympathique pécheur pour rejoindre mon bord comme en 2005, le capt’ain débarquait de son annexe alors que je sortais du taxi. Parti avec Catherine à la fin de l'été, ils ont fait escale à Vigo, puis à Lisbonne, aux Canaries et vont et viennent depuis quelques jours dans l'archipel du Cap-Vert.
Je retrouve à bord, outre Catherine l'ami Didier arrivé hier. Je m'installe... Dans l'après-midi, nous irons faire quelques provisions pour les prochains jours, les approvisionnements pour la traversée étant prévus avant de quitter l'archipel du Cap-Vert à Mindelo sur l'ile de São Vicente.
Dans la soirée le skipper d'un bateau voisin nous apporte des accras pour un apéritif où le ty punch a été resservi plus d'une fois !
J03 ~ Samedi 17 novembre
Sous un soleil radieux, nous avons levé l’ancre peu avant 11 heures (toutes les heures du récit sont en heures locales), pour rejoindre l'île de Santa Luzia, une petite île sauvage, inhabitée entre l'ile de São Nicolau où Pierre et Catherine étaient il y a quelques jours, raison pour laquelle Queequeg n'y fera pas à nouveau escale, et celle de São Vicente. Navigation paisible dans un alizé léger. La nuit sera toute aussi tranquille le roulement des quarts - en solitaire - se faisant très classiquement toutes les deux heures.
J04 ~ Dimanche 18 novembre
Dans la nuit nous avons contourné l'île de Sao Nicolau par le nord et ce matin, le ciel était couvert alors que nous avions São Nicolau dans notre sillage, mais dès 9 heures, retour du ciel bleu et du soleil, la mer est calme, le vent faible, pas un nuage.
À 11 heures, nous jetons l’ancre devant une belle plage de la côte Sud de Santa Luzia alors qu’un autre voileux est mouillé ici. Il quittera les lieux pour rejoindre São Vicente en début s’après-midi. Un peu avant 16 heures, nous nous rendons à terre pour une balade les pieds dans le sable de cette île déserte, pour un peu on se prendrait pour Robin Crusoé … En fin de journée, un autre voileux viendra mouiller devant la plage. Santa Luzia, une île déserte ? Pas tellement tous comptes faits !
115 nm parcourus depuis la baie de Palmeira jusqu’au mouillage devant Santa Luzia.
J05 ~ Lundi 19 novembre
Lever matinal et baignade pour l’équipage, c’est si agréable avant le petit-déjeûner… Nous avons levé l’ancre à 8 h 30 pour gagner Mindelo sur la côte Ouest de São Vicente contournant l’île par le Nord, une côte sauvage évidemment volcanique, avec toutefois quelques villages de pêcheurs. À 14 H, nous sommes amarrés aux pontons de la marina de Mindelo, toute neuve et en cours d’aménagement final et donc quasiment vide. L’accueil des employés cap-verdiens de la marina est sympathique comme le Cap-Vert sait accueillir mais depuis notre passage il semble que les avis des navigateurs au long cours soient mitigés sur l’accueil dans cette marina.
En fin de journée, nous partons à la découverte de la ville de Césaria Évora, la Diva aux pieds nus. Nous faisons un tour à l’Alliance Française, passons au marché aux poissons qui est fabuleux, mais nous n'y avons pas rencontré d'autres européens. Idem pour le joli marché aux légumes : certes le choix est restreint mais tout est frais. En soirée, nous irons goûter à la cuisine cap-verdienne dans un petit restaurant en ville après avoir hésité à nous rendre chez Césaria Évora qui tient, parait-il, table ouverte.
Depuis le mouillage de Santa Luzia jusqu’à la marina de Mindelo 16 nm ont été parcourus .
Mardi 20 & Mercredi 21 novembre
Au jour, le vent souffle très fort en rafales, parfois soudaines et violentes pouvant même atteindre 65 nœuds dans la baie ou dans le canal de Saint-Vincent entre les îles de São Vicente et São Antão et selon les prévisions, ça pourrait durer plusieurs jours. Dans ces conditions, après avoir renforcé nos amarres nous décidons d’abandonner Queequeg et d’aller faire du tourisme en nous rendant par le ferry sur l’île voisine de São Antão, pour deux jours de découverte dans cette île si attachante. Nous ne le regretterons pas tant cette île, paradis de la randonnée et très pauvre, est fascinante…
Nous retrouvons Queequeg après nos deux jours d’escapade en fin de journée.
Jeudi 22 novembre
Le vent souffle toujours aussi fort… Nous consacrons notre journée à préparer la traversée : approvisionnements au marché, plein de gazole qu’on a été chercher par bidons à la station-service installée sur le port, plein d’eau à la marina.
Vendredi 23 novembre
Le vent souffle toujours… Nous traînons, nous nous rendons en ville avec un passage dans un Internet café pour relever les mails. Dans l’après-midi, peut-être parce que le vent donne l’impression de mollir, peut-être par ce que le capt’ain voit son équipage piaffer d’impatience – il pourrait devenir incontrôlable, qui sait, il y a deux drôles de zigotos à bord – décision est prise de partir et nous larguons les amarres peu avant 20 heures.
J06 ~ Samedi 24 novembre
La nuit est a été moins agitée qu’on aurait pu le penser alors qu’on longeait à bonne distance la côte Sud de São Antão ; au lever du jour, l’île est dans le sillage. Ça commence plutôt bien car Pierre pêche une daurade coryphène en milieu de matinée. Après-midi à buller dans le cockpit, les équipiers se relayant à la barre franche de Queequeg pour économiser le pilote automatique gourmand en énergie.
Avec un alizé assez musclé, nous avons bien marché puisqu’au point de 18 H TU, nous avons parcouru 101 milles nautiques, soit un peu moins de 5 nœuds à l’heure, ce qui est bien pour un quillard de cette taille…
101 nm parcourus au point de 18 h TU
J05 ~ Dimanche 25 novembre
Peu après la méridienne, nous hissons le spinnaker, l’alizé ayant un peu molli. Au milieu de l’après-midi, nous croisons un navire espagnol de recherches océaniques (très curieusement, je l’ai retrouvé quatre mois plus tard amarré le long d'un quai à Ushuaia !). En fin d’après-midi, à mon tour, je pèche une petite daurade coryphène qui ne terminera pas dans la poêle, on lui a accordé la vie sauve.
136 nm parcourus au point de 18 h TU
J06 ~ Lundi 26 novembre
Au lever du jour le ciel est parsemé de nuages et le restera toute la journée.
126 nm parcourus au point de 18 h TU
J07 ~ Mardi 27 novembre
Ciel dégagé et alizé soutenu, nous avons navigué toute la journée sous génois et grand voile croisée, donc plein vent arrière et, bien qu’à cette allure le bateau soit un peu moins rapide qu’au grand largue, notre vitesse a été excellente avec un peu plus de 5 nœuds sur 24 heures. En fin de matinée, nous péchons à nouveau une daurade coryphène qui passera à la cuisine. À nouveau, superbe coucher de soleil…
129 nm parcourus au point de 18 h TU
J08 ~ Mercredi 28 novembre
J09 ~ Jeudi 29 novembre
J10 ~ Vendredi 30 novembre
Trois belles journées de mer sous le ciel bleu et avec une vitesse constante avec toujours plus de 5 nœuds sur 24 heures.
Le 28 : 129 nm parcourus au point de 18 h TU
Le 29 : 129 nm parcourus au point de 18 h TU
Le 30 : 124 nm parcourus au point de 18 h TU
J13 ~ Samedi 1er décembre
J14 ~ Dimanche 2 décembre
Nous avons eu un beau début de week-end, mais nous avons passé la matinée de dimanche sous un ciel gris avec peu de vent, retour du soleil dans l’après-midi.
Le 1er : 123 nm parcourus au point de 18 h TU
Le 2 : 123 nm parcourus au point de 18 h TU
J15 ~ Lundi 3 décembre
Après le petit déjeûner, profitant d’un moment où l’alizé avait faibli, nous avons stoppé Queequeg et rejoint la plage … arrière du bateau pour nous baigner et puis nous avons repris notre route sous spinnaker.
99 nm parcourus au point de 18 h TU
J16 ~ Mardi 4 décembre
Nous avons passé la fin de matinée, entouré de dauphins qui ont donné le spectacle ; nous leur aurions bien donné la pièce mais à la fin de la représentation, ils ont quitté la scène sans venir saluer leur public !
94 nm parcourus au point de 18 h TU
J17 ~ Mercredi 5 décembre
En fin de matinée, j’ai péché un très beau thazard, il finira à la casserole…
100 nm parcourus au point de 18 h TU
J18 ~ Jeudi 6 décembre
Ciel bleu avec sa cohorte de cumulus pommelés si typiques des alizés. Nous avons alterné le grand largue et le vent arrière croisant alors génois et grand’voile.
107 nm parcourus au point de 18 h TU
J19 ~ Vendredi 7 novembre
Nuit calme comme les précédentes ; les matinées et débuts d'après-midi sont toujours superbes, puis les nuages commencent à arriver et les grains viennent parfois en soirée, ce qui a été le cas hier.
Dans la matinée nous avons eu une visite et pourtant nous sommes loin des côtes (environ 400 milles nautiques) : un gros hélicoptère de la Royal Navy est venu nous survolé. Nous avons engagé la conversation puis il nous a quittés sur un « Good trip », le porte-hélicoptères ne devait pas être très éloigné quoi qu’invisible depuis notre bateau.127 nm parcourus au point de 18 h TU
J20 ~ Samedi 8 décembre
Encore une visite en ce début de matinée, celle d’un oiseau ressemblant à un fou mais il était un peu loin pour qu’on puisse vraiment le reconnaître. Nous commençons à jeter un œil sur notre arrivée.
106 nm parcourus au point de 18 h TU
J21 ~ Dimanche 9 décembre
J’ai fait un constat : à chacune de mes traversées de l’Atlantique, la première moitié sous les alizés se fait sous un ciel clair, parfois un peu pommelé avec en fin de journées quelques grains courts mais assez forts. Et puis, dans la seconde moitié de la traversée, le ciel est largement plus couvert, les grains sont plus fréquents et violents… Mais les couchers de soleil sont toujours somptueux lorsque les grains s’absentent.
101 nm parcourus au point de 18 h TU
J22 ~ Lundi 10 décembre
Notre cap’tain, qui est un fin cuisinier, nous a fait du pain et croyez-moi, manger du pain frais après presque trois semaines de mer, c’est un délice !
114 nm parcourus au point de 18 h TU
J23 - Mardi 11 décembre
Début de matinée sous un ciel peu engageant alors que nous croisons un cargo et plus tard, la Martinique se profile au loin alors qu’un grain violent arrive qui nous oblige à remplacer le génois par un solent avant de revenir au génois - roulé à plusieurs tours - passée la Pointe des Salines à l’extrémité Sud de la Martinique.
Nous entrons dans la baie du Cul de Sac du Marin peu avant 15 H et à 16 H, nous sommes amarrés aux pontons de la marina. La traversée est bouclée …
121 nm parcourus du dernier point de 18 heures TU à la marina du Cul de Sac du Marin.
Merci Pierre, merci Catherine de m’avoir permis de vivre avec vous cette nouvelle aventure.
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J'ai donc traversé par trois fois l'Atlantique (dans le sens Est → Ouest) et deux fois dans la même année - plus exactement en 9 mois ½ - ce qui est une chance rare, peut-être même unique, pour un amateur !
Trois « transats » Cap à l'Ouest #2
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