En zigzag sur le plateau matheysin
Il y a des paysages qui s’imposent dès les premiers instants ! En Matheysine, les nuages s’accrochent aux cimes des montagnes comme pour ralentir le temps alors que les lacs, immenses miroirs d’altitude, captent chaque nuance de ciel, du bleu limpide au gris-blanc des orages.
Les forêts changent de teinte au fil des heures et les villages, accrochés aux pentes, semblent veiller sur ce plateau suspendu entre le Dauphiné et les Écrins.
La Matheysine n’est pas seulement un décor magnifique, c’est une terre de contrastes, à la fois rude et lumineuse, où l’on ressent une énergie rare dès qu’on y pose le pied.
Combien de fois ai-je parcouru ce territoire secret en empruntant la route Napoléon au sud de Grenoble, y trouvant une nature puissante, mais aussi une histoire profondément humaine : celle des mineurs de charbon, des pèlerins de La Salette, des éleveurs et distillateurs qui, aujourd’hui encore, façonnent son identité. En cette mi-octobre, j’avais proposé à mon amie Monique, d’aller écrire quelques cartes postales ici ou là autour de La Mure, le chef-lieu de la Matheysine poussant même jusqu’au Valbonnais.
Le 7 mars 1815, la Matheysine est devenue le décor d’un moment décisif de notre histoire. De retour de son exil sur l’île d’Elbe, Napoléon remonte vers Paris avec une petite troupe et sur la prairie qui borde le lac de Laffrey, il se trouve face aux soldats envoyés pour l’arrêter.
Sous un ciel d’hiver, il avance seul, ouvre sa redingote et lance : « Soldats, s’il est parmi vous un homme qui veuille tuer son Empereur, me voici ! » En quelques secondes, les fusils s’abaissent et les cris de ralliement éclatent. Sans un coup de feu, l’épisode fait basculer l’histoire et marque le début des Cent-Jours.
Aujourd’hui, la Prairie de la Rencontre est un grand espace paisible, en accès libre le long de la RN85. Une statue de Napoléon sur son cheval rappelle l’événement, tandis que le lac reflète calmement les montagnes environnantes.
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Il est des ouvrages d'art qui portent eux aussi les cicatrices de l'Histoire.
Au sud-est du plateau matheysin, le viaduc de La Roizonne est de ceux-là retenant notre attention malgré un ciel bas qui se découvrira plus tard.
Ses pierres, taillées pour supporter le poids des convois du chemin de fer de La Mure filant vers Corps, n'ont connu qu'une brève existence sur rails avant que le projet ne soit emporté par les soubresauts du XX° siècle. Sa longueur totale est de 260 mètres et la portée de son arche centrale est de 80 mètres à 110 mètres au-dessus de la rivière.
Fermé officiellement en 1952, ce pont monumental, aulieu de sombrer dans l'oubli, s'est offert une nouvelle destinée, ce géant du rail a dû apprendre à servir la route pour continuer à exister.
Comme son voisin, le viaduc de La Roizonne, sur la même ancienne ligne de chemin de fer de la Mure à Corps, le viaduc de La Bonne est l'un des tout derniers grands ouvrages d'art en maçonnerie construits en France.
Sa longueur totale est de 180 mètres et son arche centrale est à 55 mètres au-dessus du lit de la rivière.
→ Une partie du texte au début de cette page de blog est tirée du site Villages et Patrimoine