Le Pont des Anglais ou Pont Victor-Emmanuel
Rien que dans la variété des appellations qu'on lui donne, ce pont ferroviaire de plus de 160 mètres de long qui enjambe l'Isère au cœur de la Combe de Savoie, est un bel échantillon d'Europe à lui tout seul.
Baptisé à sa construction en 1856 pont Victor-Emmanuel, ou plutôt Vittorio-Emanuele, du nom du souverain qui régnait alors sur une Savoie piémontaise, cet ouvrage d'art a reçu par la suite le surnom de Pont des Anglais en référence à l'ingénieur britannique Thomas Brassey (1805-1870), qui le conçut parmi tant d'autres, en France et sur tout le continent européen.
Dans ce pont, il y a tout le début de l'histoire des chemins de fers européens, estime un défenseur de la restauration du pont.
Jusqu'en 1850, les ponts ferroviaires sont tous construits en briques, en pierre ou en bois car les ponts métalliques ne résistent pas à la charge d'un convoi de trains, confirme pour sa part Roger Decker, le secrétaire d'une autre association de défense, Cruet, Nature et Patrimoine. À partir de cette date, en raison notamment de l'amélioration de la qualité des métaux, on commence à construire des ponts de grande envergure comme celui-ci.
Singulier, le pont savoyard le serait également par l'usage de techniques alors d'avant-garde. Dans la construction de ses piles de pont, par exemple dont la méthode sera ensuite reprise par Gustave Eiffel pour édifier deux pieds de sa fameuse tour.
Et puis, pour ses défenseurs, le Pont des Anglais, c'est surtout celui qui a permis à Napoléon III de faire franchir l'Isère à son armée, en route pour aller aider l'Italie à faire son unité, unité accomplie avec la défaite des Autrichiens, à Magenta, puis à Solférino (4 et 24 juin 1859).
Grâce à ce pont, les troupes de l'empereur ont pu rejoindre l'Italie dans un temps record, pour l'époque, précise encore Roger Decker. 60.000 soldats, 12 trains, des chevaux, l'artillerie, des bagages... Tout cet énorme trafic est passé là. C'est à la suite de ce moment important de l'histoire de la Savoie, que notre région est devenue française.
Après avoir vu défiler sur son tablier tant d'histoires et autant de voyageurs et de matériels, imaginez la stupeur de ses défenseurs lorsqu'on leur parle à présent, de la fragilité du pont, et des coûts que la collectivité devrait supporter pour le remettre en service.
On ferait mieux de se poser la question de savoir si un ouvrage qui rassemble autant de qualités, de beautés et d'innovations technologiques mérite d'être conservé pour les générations futures ou si on l'envoie à la ferraille, argumente Roger Decker.
Aujourd'hui, on parle de 8 millions, 10 millions d'euros pour le remettre en état, explique de son côté Jean-Claude Bouchet. On a vraiment l'impression que plus il y a de personnes, d'associations qui se mobilisent pour défendre ce pont, plus l'ardoise monte.
Pour faire reculer le département dans son projet de déconstruction, les associations comptent sur le ministre de la Culture, espérant qu'il refuse de déclassifier l'ouvrage de l'inventaire des monuments historiques.
Elles misent aussi sur l'Union Européenne, pour d'éventuels financements...
Et même sur d'autres soutiens, venus de l'autre côté de la Manche et conséquence d'un voyage d'étude en terre savoyarde effectué il y a deux ans par une vingtaine d'ingénieurs britanniques venus soutenir le projet de sauvetage du pont qui porte leur nom.
→ Le texte ci-dessus a pour source un article de France Info Auvergne-Rhône Alpes le 8 sept. 2024.
► Mi-décembre les médias, journaux régionaux ou nationaux se sont fait l’écho de l’éventuel classement et de la restauration du pont relayés par France 3 Auvergne-Rhône-Alpes et les chaînes nationales.
→ Plus d’infos sur ce pont