Carnet de voyage en Sicile ~ Selinunte
Lundi 13 avril
Départ en fin de matinée sous un ciel toujours très chargé, avec parfois des averses alternant avec le soleil.
Arrivée à Mazara del Vallo, nous déjeunons sur le Lungomare et premier contact avec les plages-dépotoir !
Visite du Museo del Satiro : le nom de ce musée vient d’une statue de bronze, plus grande que nature, de l’époque hellénistique (IV° - II° siècle avant J.C.), repêchée par des marins dans le Canal de Sicile. D’une grâce merveilleuse, le satyre semble danser en tournoyant, faisant onduler sa chevelure… Photos interdites mais notices et cartes postales à disposition.
Petite virée en ville vers l’église cubique de San Nicolo (XII° siècle), peu remaniée (ouf ! pas de rajouts baroques !) dominant le marché aux poissons.
Nous poursuivons vers Selinunte où est prévue l’étape du soir. Soirée calme mais vers minuit, à deux reprises espacées, coup de pied sur la paroi du camping-car : deux jeunes s’éloignent tranquillement l’air innocent, un peu éméchés sans doute. Sommes allés un peu plus loin, à Castelveltrano, bivouaquer pour retrouver la tranquillité des fois qu’il leur prendrait l’idée de repasser le plat !
♦♦♦♦♦
Mardi 14 avril
Ce qui reste de l'une des plus importantes cités grecques de Sicile est grandiose, le monumental site champêtre de Sélinonte implanté sur un promontoire dominant la mer, est resté longtemps enfoui sous les éboulis. Fondée dans les années 600 avant J.C. par les grecs de Megara Hyblea, petite ville située sur la côte est de la Sicile, Sélinonte sur la côte ouest prospéra rapidement et puissamment comme l'indique ses temples et sa colossale acropole ceinte de remparts. Alliée de Syracuse déjà au faite de sa puissance, elle connut très vite des rapports conflictuels avec ses voisins de Ségeste, ville qui faisait partie du camp ennemi carthaginois. C'est Hannibal à la tête de 100.000 carthaginois qui s'empara de la cité après neuf jours de combats furieux et désespérés dans les rues étroites.
Pendant des siècles le site est resté oublié, les fouilles commencèrent en 1825 et l'ensemble aujourd'hui reconstitué est considéré comme l'un des plus remarquables du bassin méditerranéen.
En ce lundi de Pâques 2009, après avoir récupéré Odile, la complice de quelques-unes de mes aventures à l'aéroport de Palerme, j'ai rejoint la petite ville de Marinella di Selinunte pour une longue visite le lendemain de bonne heure pour éviter l'afflux des touristes.
L'entrée dans le site se fait dans ce qui était un quartier excentré sans doute à vocation commerciale. Trois temples y sont implantés et l'approche du temple dorique en grande partie reconstitué est saisissante : les colonnes dorées surgissent des bouquets d'arbres sur une vaste esplanade ouverte à tous vents, le seul fond sonore étant le bruit de la mer...
À côté, le sol est jonché des éboulis cyclopéens des colonnes d'un second temple. Quelques-unes sont restées debout comme pour implorer le ciel et ses divinités.
Le troisième temple est l'un des plus vastes du monde grec (113 mètres sur 30 mètres de haut), il aurait été dédié à Apollon ou à Zeus. Inachevé lors de l'attaque carthaginoise, ses fûts atteignent un diamètre de 3,40 mètres et chaque tambour pèse au moins 100 tonnes !
Nous avons pris ensuite un sentier qui mène à l'impressionnante acropole, surplombant une belle plage de sable ocre, une agréable promenade d'une vingtaine de minutes dans une nature en fleurs.
À l'origine des remparts de 4,50 mètres étendus sur une centaine d'hectares, entouraient l'acropole et la ville. L'ensemble est titanesque, un océan de pierres...
Reste une question : d'où provenaient ces énormes blocs de pierre ? Des carrières de Cusa, à 11 kilomètres au nord-ouest de la cité. Au milieu des vignes et des oliviers, le site est encore parsemé de colonnes tailladées et de fûts abandonnés au moment de la conquête carthaginoise.
Selon les historiens, il fallait deux jours aux attelages pour les acheminer à Sélinonte.
Étape 167 km total depuis Annecy 3007 km