Carnet de voyage en Turquie ~ Istanbul - Le trésor du palais Topkapi
J02 Samedi 14 juin
Symbole du faste ottoman, le palais de Topkapı abrite un trésor inestimable, bijoux mythiques, objets d’art et récits fascinants. C’est ici qu’a toujours été conservé, jusqu’à la fin de l’Empire, le trésor ottoman. Même si ce n’est qu’en 1924 qu’Atatürk décida de convertir le palais en musée, après que les sultans se soient installés à Dolmabahçe, quelques diplomates ou privilégiés eurent parfois l’occasion de visiter les salles du trésor.
Comment s’est constitué le trésor ? Au fil des siècles, il n’a cessé de s’agrandir par les cadeaux des souverains étrangers, les tributs de guerre (le sultan en recevait en personne un cinquième) et aussi les pièces fabriquées par la multitude de bijoutiers et orfèvres travaillant au service du souverain. Il comportait des bijoux et objets d’orfèvrerie mais aussi de précieuses faïences, des reliques saintes, des collections d’armes, des porcelaines de Chine, des miniatures, des vêtements impériaux, des sceaux, des tapis, ainsi que 6.000 manuscrits et des miniatures. Notons qu’à l’exception de boucles d’oreilles, on y trouve peu de bijoux de femmes, beaucoup ayant été transformés suivant les modes ou sortis du palais lors des mariages ; les pièces visibles actuellement sont plutôt celles qui appartenaient aux sultans et retombaient dans le trésor à leur mort.
Le joyau le plus connu est le « diamant du marchand de cuillères », de 84 carats, dont l’existence a donné lieu à une foule de légendes. Entré dans le trésor au XVII° siècle, il aurait été découvert dans une poubelle ou échangé contre trois cuillères, à moins que son surnom ne soit dû à sa forme.
On trouve ensuite une multitude d’aigrettes destinées aux turbans des sultans. Un bijou, constitué de plumes et de pierreries, était avant tout une métaphore du pouvoir. On considérait aussi qu’il écartait le mauvais œil en attirant le regard sur les gemmes plutôt que sur le visage du souverain. Le plus célèbre est celui datant du XVIII° siècle, orné d’une émeraude de 162 carats ! Même après l’ordonnance de Mahmud II en 1828 qui, pour européaniser le vêtement, imposa le costume et le fez rouge, le souverain continua à arborer une aigrette sur son couvre-chef dans les cérémonies.
Certaines pièces du trésor sont mondialement connues, comme les trois trônes de cérémonie à la valeur inestimable : le « trône d’Ismail », en émaux verts et rouges sur fond d’or enrichi de 25.000 pierres précieuses, fabriqué en Inde mais rapporté d’Iran par le sultan Selim Ier, au XVI° siècle ; le trône de fête d’Ahmet Ier, réalisé au XVII° siècle en écaille de tortue, nacre et ivoire enrichis de gemmes, dessiné pour le sultan par l’architecte de sa mosquée ; et le trône de Murat III, qui comporte des milliers de rubis et de péridots.
Quant au poignard de Topkapı, considéré comme le plus précieux du monde et rendu célèbre par le film « Topkapı », de Jules Dassin, en 1964, où l’on tente de le dérober, il avait été confectionné en 1741 par Mahmud II pour être envoyé en cadeau au Chah de Perse Nadir. Mais la nouvelle de la mort du Chah étant parvenue aux émissaires qui le transportaient, ils le ramenèrent à Istanbul.
Le palais possède aussi une impressionnante collection d’objets d’or recouverts de gemmes : armures, casques, gourdes, tasses à cafés, chandeliers, berceaux, écritoires, couvertures de Coran, bagues d’archer pour le pouce, boîtes à tabac, harnachements de chevaux… Ils permettent d’étudier les caractéristiques de l’art ottoman, utilisant des motifs tirés de la nature. En effet, à la différence des Européens, ils taillaient peu les pierres et les gardaient proches de leur état d’origine, se contentant de les polir et de les insérer en relief dans des montures d’or reconstituant des motifs de fleurs. Ils utilisaient beaucoup les émeraudes d’Egypte et le cristal de roche d’Irak, qui faisaient alors partie de l’Empire, mais aussi les diamants d’Inde, le rubis de Ceylan, les turquoises d’Iran et les perles du Yémen. De plus, beaucoup de personnes croyaient aux vertus des pierres, par exemple, on disait que l’émeraude allongeait la vie et éloignait les serpents ou que la turquoise apportait de la joie.
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